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La communication des cétacés

Pour le plaisir, nous vous donnons quelques informations sur un sujet que nous affectionnons particulièrement.

Le langage des cétacés

Préambule :

Dans le royaume des mers et des océans, le son est essentiel à la survie des êtres qui le peuplent.  Au-delà de 50 mètres de profondeur, l’obscurité s’épaissit et devient progressivement totale. Nous entrons dans le monde de la bioluminescence et de l’acoustique. La compréhension du milieu marin induit pour nous, humains,  une ‟adaptabilité mentale”, abandonnant nos repères de terriens pour intégrer un autre paradigme. Cet univers a induit des compétences spécifiques chez ses habitants afin qu’ils puissent y naître, grandir, évoluer et perpétuer l’espèce.

LES SENS DES BALEINES ET DES DAUPHINS

Vivre dans l’eau amène bien des défis pour un mammifère. Les sens des baleines et des dauphins ont dû s’adapter à ce milieu où les sons, la lumière et les odeurs ne voyagent pas comme dans l’air.

La vision

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Les cétacés sont bien adaptés à la vision dans les profondeurs. Leurs photorécepteurs  sont particulièrement réceptifs à la lumière bleutée, la lumière qui pénètre le plus profondément dans l’eau. Contrairement à nous, les cétacés ont une bonne vue sous l’eau aussi bien de près que de loin. Ils ont également une bonne vue dans l’air, comme nous le montre leur capacité à atteindre des objets (exemple des dauphins en captivité). Certains mammifères comme les baleines à bosse sont très curieux et observent de longs moments leur environnement  aérien, la tête immobile hors de l’eau.

L’odorat et le goût

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Les messages olfactifs voyagent lentement dans l’eau. Le sens de l’odorat est absent chez les cétacés, par contre ils goûtent ce qu’ils mangent.

Juste un petit apparté sur les poissons… bavards !

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Les cétacés  ne sont pas les seuls à produire des sons.  Il est intéressant de savoir  que  l’émission sonore est un mode de communication mis en évidence chez plus de 50 familles de poissons dont le poisson clown (le fameux Nemo  pour les enfants!). Ce poisson utilise le son pour identifier les autres espèces, la taille, le sexe, pour chasser les intrus ou renforcer la cohésion des couples au moment de la reproduction.

Le toucher

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Le sens du toucher est particulièrement développé  au niveau de la tête, près de l’évent. Ils peuvent détecter ainsi  la surface de l’eau et  ouvrir leur évent pour respirer.

Le toucher est important chez les cétacés, Les baleines se touchent de leurs nageoires, se caressent entre elles. Les femelles  belugas et  baleines à bosse nagent  souvent en gardant le contact physique avec leur petit. Les baleines à fanons et les dauphins d’eau douce possèdent des vibrisses (sortes de moustaches) au bout du rostre afin d’évaluer la densité du plancton ou de détecter la présence de proies dans la vase.

L’ouïe :

Émettre et recevoir des sons permet de se repérer géographiquement,  de se déplacer, de se nourrir, de se reproduire, de communiquer pour avertir d’un danger, de se rassembler, d’éduquer, de jouer…

La réception des sons se fait par plusieurs voies chez les cétacés : l’oreille, la mâchoire inférieure et la surface du corps. Ils n’ont pas d’oreille externe, mais le système oreille moyenne-oreille interne est similaire à celui des autres mammifères. Avec certaines évolutions fonctionnelles. Un bouchon de cire obture l’orifice auditif minuscule placé en arrière de l’œil.

Un sixième sens…

Plusieurs études tendent à montrer que les cétacés peuvent percevoir les variations dans le champ magnétique terrestre. Ce sens leur permettrait de s’orienter dans l’axe nord-sud de la terre, il les aiderait donc dans leurs migrations.

Le principe d’écholocation :

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L’écholocation est une émission directionnelle d’ultrasons. Ce sont les baleines à dents qui ont la capacité d’émettre ces ultrasons pour se repérer géographiquement et localiser les proies. Les baleines à fanons n’ont pas cette faculté. L’écholocation implique l’émission de sons de forte puissance et la réception de sons très affaiblis, ce qui nécessite un appareil auditif très sensible. Les cachalots par exemple, lors de leur plongée d’une cinquantaine de minutes, émettent de longues séries de clics à un rythme régulier. On les nomme clics d’écholocalisation qui sont utilisés comme un sonar pour repérer les fonds et les proies.

Emission sonore et réception de sons :

Les émissions sonores des dauphins (odontocètes) sont produites par des circulations d’air dans leur système respiratoire supérieur, entre deux vessies,  par des résonnances, ou à travers  le diaphragme. L’air passe au travers d’une structure anatomique située dans la tête appelée «  lèvres phoniques » ou museau de singe comparable aux voies nasales humaines. Lorsque l’air emprunte cet étroit conduit, il provoque, à la manière des ronflements humains, l’aspiration et l’accolement des lèvres phoniques et la vibration des tissus environnants avec émission de sons. A la différence de l’homme, il n’y a pas échappement de l’air pour produire le son en raison de l’adaptation nécessaire à l’apnée. Cependant, les bébés dauphins qui ne savent pas encore « parler », laissent passer de l’air à travers leur évent  lorsqu’ils sifflent.

Les baleines (mysticètes) n’ont pas de structure de type « museau de singe ». Elles ne possèdent pas de cordes vocales mais leur larynx semble jouer un rôle dans l’émission sonore. Il est cependant probable qu’elles utilisent aussi l’air en circuit fermé. Leurs sinus crâniens pourraient être également utilisés pour produire des sons mais le processus n’a pas été encore clairement identifié.

Petite précision : les termes de baleines et de dauphins sont issus du langage courant. La précision scientifique distingue les baleines à dents : les odontocètes (dauphins, orques, cachalots, bélugas…) et les baleines à fanons (baleine à bosse,  baleine bleue,  rorqual commun…)

Types d’émissions sonores :

Un grande variété de sons est produite et diffère selon les mammifères marins. On assiste à des : sifflements, crépitements, couics, cris, grincements, caquètements, clics, couinements, miaulements… Cette grande variété de sons appartiennent à différentes classes connues : impulsions, sifflements, sons composés et complexes.

La réception du son se fait par plusieurs voies chez les cétacés : l’oreille, la mâchoire inférieure et la surface du corps. Les cétacés n’ont pas d’oreille externe mais le système oreille moyenne-oreille interne est similaire à celui des autres mammifères. L’orifice auditif des baleines et des dauphins est minuscule et se situe en arrière de l’œil. Il est obturé par un bouchon cireux.

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En plongée, les cétacés sont capables de connaître l’origine d’un son. Les organes auditifs internes sont logés dans une tympanique osseuse. Elle-même isolée des os du crâne par un coussin de mousse graisseuse saturée de microbulles d’air. Ce coussin d’air fait écran aux sons transmis par les os du crâne et les réfléchit. Ainsi leurs oreilles sont isolées l’une de l’autre et les sons captés par les conduits auditifs seront perçus avec le décalage indispensable au cerveau pour en situer l’origine.

Bulle tympanique d’un rorqual (mysticète) destinée à isoler l’oreille interne afin de conserver le relief sonore.

Une perception du son sous l’eau différente chez les humains :

Chez l’homme, les oreilles internes ne sont pas isolées des os du crâne. Sous l’eau, le décalage de réception est trop court pour être perçu par notre cerveau car lorsque nous sommes immergés, nos conduits auditifs se remplissent d’eau jusqu’aux tympans. Notre corps ne réfléchit plus le son comme à l’air libre mais il l’absorbe et le transmet directement à l’oreille interne par les tissus et les os crâniens. Privés de tout relief sonore, nous sommes incapables de localiser la source d’émission.

Le rôle de la production sonore des cétacés :

Les émissions sonores des cétacés leur permettent de communiquer entre eux. Elles ont un rôle phare dans l’éducation des juvéniles, la cohésion sociale, l’avertissement d’un danger, la reconnaissance identitaire du groupe lors de la rencontre avec un autre groupe. Les jeux chez le dauphin occasionnent aussi des manifestations sonores.

Chez les baleines, on évoque le « chant » des baleines.

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Les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae)  se nourrissent de plancton dans les eaux froides et  migrent ensuite vers les eaux plus chaudes chaudes afin de s’accoupler ou de mettre au monde leurs petits. Afin de préparer la venue des bébés et de préparer le territoire,  les mâles chantent pendant trois semaines. Ce chant, composé de plusieurs  séquences, varie chaque année et est spécifique à chaque groupe. Il est très étrange de constater que  toutes les baleines à bosse du monde ont un chant commun, renouvelé également tous les ans. A noter que les tribus ne se rencontrent pas car elles migrent uniquement dans le sens nord/sud et sud/nord. On avance donc l’hypothèse d’une forme de télépathie permettant de se transmettre les informations et de communiquer sur de grandes distances.

La plupart des mysticètes s’expriment en infrasons ou très basse fréquence . Ces émissions sonores se propagent sur de longues distances. En 1993, un bio-acousticien américain a capté le son d’un cétacé émis à très basse fréquence à 3 500  kilomètres. La baleine franche et le mégaptère ont la particularité d’émettre des sons sophistiqués à large bande.

D’une façon générale, la bande de fréquence des émissions des cétacés se situe entre 10 et 150 kHz. L’oreille humaine ne perçoit que  la partie inférieure de ce spectre en deçà de 18 kHz et au-dessus de 20 Hz. Les cétacés les plus  » bruyants » sont les odontocètes : dauphins, cachalots.

Mais que disent-ils ?

En l’état actuel des connaissances scientifiques, nous ne sommes pas en mesure de comprendre les discussions entre dauphins ou baleines et le sens de ce qu’ils essaient souvent de nous transmettre. De nombreuses expériences ont tenté vainement l’apprentissage d’une langue aux dauphins et d’autre part, aucun protocole de recherche n’a permis de décoder la langue « delphinienne ». Des neurobiologistes comme John Lilly ont enregistré des mots humains reproduits par les dauphins, des imitations de rire, la diffusion des vocalises d’un beluga a interpellé le grand public car les sons émis étaient très proches de la voix humaine avec des harmoniques similaires. La grande histoire est faite de petites histoires et d’expériences personnelles qui font souvent  voler en éclat les conceptions empiriques et les principes souvent limitants. C’est au travers de la passion, de la curiosité, du respect que la compréhension d’êtres proches et si différents se fait jour.

En voici un des témoignages parmi des milliers d’autres qui soulèvent peu à peu le voile de l’inconnu :

“Le moment le plus fort, celui qui te fait véritablement basculer dans une autre dimension, mettant ta raison en déroute, est celui où, tout d’un coup, à ton immense surprise; tu entends surgir en face de toi un partenaire musical. un vrai. Libre ! Qui te suit et te renvoie la balle. Mais ça, il faut avoir jouer du jazz pour vraiment comprendre ce que ça signifie. Que ça puisse venir d’un animal t’oblige alors à tout remettre en question.”

JIM NOLLMAN musicien, initiateur d’une EXPEDITION DE CONCERTS AVEC LES ORQUES au large des îles canadiennes au nord de Vancouver avec des amis musiciens et chercheurs, fondateurs « d’Interspecies Communication »