TERRE MARINE BP 668 - Quai Beaupré - 34300 CAP D'AGDE
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Les suivis acoustiques, méthodologie, dispositif, exploitation

Méthodologie de suivi acoustique à bord.

 

Couplés avec des observations visuelles, les prélèvements acoustiques effectués par les  hydrophones permettent d’obtenir des données fiables (attribution d’un signal sonore à une source animale, anthropique …)

Le suivi de cétacés par acoustique passive a l’avantage de pouvoir être mené sous toutes conditions de visibilité, de jour comme de nuit ; quelque soit la hauteur de vagues, ce qui n’est pas le cas avec la seule observation visuelle.

Le Golfe du Lion est actuellement considéré comme une entité biogéographique à part entière en Méditerranée nord-occidentale, relativement riche en biomasse avec de fort enjeux économiques.

Mais on ignore encore beaucoup de certains compartiments faunistiques, notamment concernant les prédateurs supérieurs : taille et structure de leur population ? Utilisation de la zone ? Importance de la zone au niveau méditerranéen ? Lieu de passage ou fidélité à ce site ? La Méditerranée est également une zone fortement utilisée et exploitée par l’Homme. De nombreuses activités s’y développent (pêche, trafic maritime, éoliennes offshore, nautisme…), souvent impactantes pour les vertébrés supérieurs (collision, dérangement, captures accidentelles, dégradation de leur habitat,…) générant des enjeux de conservation spécifique à ce secteur.

Ce sont pour ces raisons que Terre Marine en partenariat avec des instituts scientifiques et des associations environnementales met à disposition et réalise ses propres campagnes sur le Sea Explorer.

 Dispositif

 

Le bateau tracte un ou plusieurs hydrophones à vitesse réduite.  

Des enregistrements sont effectués et le logiciel de reconnaissance automatique des signaux identifie les « sons intéressants » classés en évènements dans un fichier.

Le suivi acoustique peut être réalisé en statique avec une parabole permettant de donner approximativement la direction du signal .

Les données sont stockées sur des cartes SD et leur traitement peut se faire sur le bateau ou de retour à terre.

Nous utilisons des hydrophones reliés à des enregistreurs numériques.

Ces enregistrements permettent d’obtenir l’évolution temporelle de l’intensité ainsi que la

répartition spectrale de l’énergie.

En navigation sous voile, silencieusement, une écoute est réalisée à vitesse réduite ou à l’arrêt.

Elle est consignée sur fiches puis transcrite sur une base informatisée de données.

Dans les zones de collecte importante, nous réalisons des transects linéaires.

Ces protocoles viennent compléter les données et connaissances acquises grâce aux bouées

hydrophones immergées réparties dans les mers et océans de la planète.

Lors de ses missions d’exploration (de plusieurs jours à plusieurs semaines), l’équipage,

autonome, est constitué d’un tiers de professionnels. Les éco-participants collecteurs

constituent les deux autres tiers. Il faut donc que le matériel et le protocole soient simples

d’utilisation, robustes et performants.

Concrètement, les écoutes ont lieu essentiellement lorsque les conditions météorologiques

sont favorables (peu de vent).

Exploitation

 

Justifications écologiques / scientifiques :

- Surveillance écologique.

- Accroître la taille des données disponibles quant à la connaissance et le déplacement des espèces sous échantillonnée à ce jour.

- Découvrir la richesse acoustique non encore découverte.

- Recenser les populations.

- Mieux comprendre la communication chez les cétacés.

- Obtenir des données inédites en croisant des espèces rares et farouches très mal connues. – Contribution à l’élaboration de systèmes d’évitement, de collision : navire/cétacé.

Justifications industrielles :

Ces données vont également permettre aux chercheurs des universités de développer des algorithmes de détection et de localisation automatique. Ces algorithmes aboutissent à des brevets qui, au final, sont adoptés par le marché sous diverses formes : transmission acoustique sous-marine, logiciels professionnels, applications smartphones,…

Justifications économiques :

Le whalewatching est une activité économique importante de Mai à Octobre sur tout le pourtour méditerranéen français. Pour que cette activité soit bien en adéquation à des valeurs environnementales, il est nécessaire de rassembler et mettre à jour l’ensemble des informations concernant l’évolution des populations de cétacés et leur utilisation des habitats.

Justifications politiques :

Aide à la décision des instances gouvernementales afin de faire progresser la législation et les recommandations en la matière.

LES FREINS À LA RECHERCHE SUR LA POLLUTION ACOUSTIQUE SOUS-MARINE

UN TRAVAIL DE LONGUE DURÉE, DIFFICILE À APPRÉHENDER

Si la pollution sonore sous-marine est peu étudiée, c’est parce qu’elle nécessite un système logistique et une technologie complexes, nécessitant un travail de recherche délicat et respectueux de l’environnement marin.

Il nous faut travailler à élaborer des méthodes acoustiques passives encore plus performantes. Or, ces méthodes sont pour la plupart très onéreuses et impliquent un investissement à long terme. Une méthode couramment utilisée est celle de l’acoustique active, qui consiste à écouter l’écho d’un son qu’on a émis en mer. Ajoutée au moteur des bateaux scientifiques, elle représente une autre limite à l’étude de la pollution sonore sous-marine, puisqu’elle engendre (ironiquement) des perturbations sonores nocives pour le milieu marin. De façon générale, l’établissement du lien entre évolution du bruit permanent et dynamique des populations de mammifères marins ou de poissons est une tâche complexe. Il est en effet difficile de collecter des données précises sur le bruit et les populations aquatiques sur un milieu aussi vaste et changeant que la mer et l’océan.

UNE COLLABORATION INEXISTANTE ENTRE LES DIFFÉRENTS ACTEURS DU SON

Pour parvenir à une gestion durable du bruit en mer, il est indispensable de créer des interactions positives entre le monde industriel et la communauté scientifique. Comme l’a souligné la Commission des Etats-Unis sur les mammifères marins : « La question de la pollution sonore des océans nécessite une campagne agressive d’information et de sensibilisation conçue pour atteindre tous les experts nécessaires (propriétaires de navires, architectes navals, ingénieurs de conception, spécialistes du routage des navires) afin de leur faire connaitre la nature générale du problème et commencer à identifier ses effets potentiels et ses solutions»

Cette « sensibilisation » passera par la mise en place de programmes de surveillance dédiés à l’impact des ondes sonores, et par la diffusion des résultats à l’ensemble de la sphère publique et privée. Des actions sont préconisées en ce sens dans le cadre d’accords internationaux.

Il est impossible en l’état des connaissances scientifiques actuelles d’appréhender précisément l’impact des pressions sonores anthropiques sur les individus et les espèces. Même s’il n’y a pas eu pour la Méditerranée d’incidents majeurs répertoriés liant sonars et échouages, la région, qui est une zone de fréquentation de nombreuses espèces de mammifères marins dont certaines sensibles (cas par exemple des baleines à bec de Cuvier), est une zone à risque qui nécessite une attention particulière. On notera d’ailleurs l’établissement en zone adjacente à la sous-région marine (mer de Ligurie), d’un sanctuaire (Pelagos) pour mammifères marins qui fait l’objet – entre autres – d’un contrôle des perturbations sonores (source : IFREMER – Perturbations sonores sous-marines d’origine anthropique).

Il apparait essentiel d’investir sans délai dans la recherche sur le bruit d’origine humaine en Méditerranée, afin d’en atténuer ses effets à moyen et long terme. Il est d’autant plus important d’adopter des mesures de précaution que de nombreuses espèces marines sont déjà en danger et soumises aux effets cumulés d’une multitude de facteurs stressants : pollution chimique, pêche, collisions avec des navires et changements climatiques.